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Scène 16 : Du haut de la passerelle - sauterelle

janvier 27th, 2012 by ecriturepolymorphes

passerelle 

 Il m’a dit tout çà et il est parti. J’ai pas pu le retenir. Il a fait le tour du plateau, dit au revoir à tout le monde, puis il est resté jusqu’à 23 h, à ranger son bureau. Et moi ? Et bien, je n’ai pas bougé de mon siège, je l’ai regardé à travers la baie vitrée faire son ménage, ranger ses dossiers, déchirer, bruler, trier, prendre le cadre sur le mur. Je n’avais plus rien à dire, la mission était accomplie, je savais qu’il allait partir…

C’était mon maitre de stage, vous savez, quand je suis entré dans la boite. Un mec sympa, il m’avait tout appris, je veux dire au niveau technique, puis j’en avais appris plus ailleurs, et j’avais fini par être embauché, grâce à lui, je suppose. Il était discret, ce n’était pas un excité. C’est pour çà quand je l’ai vu tout à l’heure s’énerver, c’était comme si j’avais loupé quelque chose, un truc, j’avais mal agi ou mal fait. Pourtant c’était sensé ce que je lui disais… en formation, on m’avait parlé de cette courbe de deuil, de cette phase où les gens ne comprennent pas que c’est fini, alors il s’énerve, mais je ne m’attendais pas à cette violence. Ce n’était pas de ma faute, en tout cas.

Ce n’est pas de ma faute, je crois.

Il est minuit je suis tout seul, sur la rambarde extérieure, celle qui permet de rejoindre le bâtiment E quand on est au bâtiment D, c’est pratique. D’ici la vue est imprenable, quand on se penche, on voit les cinq étages de bureaux de la boite et le parking. Il ne reste plus que ma voiture et la sienne… Ca tourne un peu dans la tête, comme il dit, çà gamberge, pour moi, c’est la première fois, je veux dire, virer quelqu’un, c’est la première fois, et je crois que j’ai réussi, parce que je le vois repartir vers sa voiture, il est sur le parking et moi là-haut, cinq étages au dessus.

Il marche lentement, sans se retourner. Je voudrais qu’il se retourne pour que je lui fasse signe. Lui dire au revoir, comme un collègue qui s’en va, parce qu’on était collègue malgré tout, non ? Je lui fais signe, mais il ne se retourne pas. J’hésite à crier parce que c’est la nuit et çà ne se fait pas de crier dans la boite. Il est à sa voiture, il ouvre le coffre, met ses affaires, toutes ses affaires, celles d’une vie de travail, çà ne tient pas beaucoup de place finalement. En plus j’ai gardé son PC, alors il ne lui reste quoi, quelques feuilles de papier, des photos, des formations par ci par là, je ne sais pas ce qu’il pouvait bien y avoir dans son carton, mais il ferme le coffre et il va pour monter dans sa voiture.

Patrick !

Lui hurle-je, mais il ne m’entend pas ou il fait mine de ne pas m’entendre. Y a du vent sur la rambarde du cinquième étage, y a du vent et çà se bouscule dans ma tête, je n’étais pas né pour çà moi, l’ingénieur, fils d’ouvrier, je n’étais pas né pour virer celui qui m’a embauché. Il m’a traité de tous les noms, mais il ne le pensait pas. C’est sur le coup de la colère qu’il disait çà, demain, quand il aura compris que c’était pour son bien, pour le bien de la boite, il me rappellera et il me s’excusera. Il s’excusera je crois, j’attends cela, parce que j’ai mal au cœur, là maintenant.

Tiens, il est parti ! J’étais trop concentré dans mes pensées, je ne l’ai pas vu partir. M’a-t-il regardé avant de partir, sans doute… pas. Il ne s’excusera pas. Il ne me rappellera pas. Viré. 

Y a beaucoup de vent ce soir, et je me sens si léger. Je crois que plus rien me retient désormais. Sale naziard de merde il m’a dit. Il m’a dit que je n’existais plus.

Oui, c’est çà, il m’a dit que pour lui, je n’existe plus.

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Scène 15 - Et si vous partiez !!!

janvier 27th, 2012 by ecriturepolymorphes

A l’envers 

- Vous n’avez plus rien à faire ici, vous savez
- Je présume qu’il y a un protocole…
- Plus rien !
- Et bien, je pars alors.
- Oui
- Vous me laissez le temps quand même de ranger mes affaires, mon bureau, faire place nette.
- Ne vous faites pas cette peine, on s’en occupera !
- Mais je le souhaite
- Pas nous !
- Ah !
- Oui !
- Bon !
- Laissez-moi …
- Non !
- Laissez-moi au moins leur parler…
- Pourquoi…
- … leur dire au revoir …
- Pourquoi faire ?
- Ca se fait !
- Plus trop
- Vous croyez ?
- Je crois.
- J’ai travaillé 20 ans avec eux…
- Nous en sommes conscients…
- …Je me sens le besoin de leur dire au revoir…
- …Nous vous dédommagerons…
- Mais…
- S’il vous plait un peu décence
- Vous parlez décence… c’est cocasse.
- … Je n’y peux rien…
- C’est dingue !
- Je n’y peux rien je vous dis.
- Alors vous voulez que je quitte la boite, comme çà d’un coup,
- Oui, inutile de les perturber… vous en avez déjà assez fait non ?
- Mais c’est illégal,  c’est tout à fait illégal ce que vous faites, dites moi !
- Nous pouvons aussi appeler les flics, si vous préférez.
- Surenchères, ben voyons … !!!
- Allez, ne faites pas l’enfant, on est entre gentlemen, non ?
- Ben voyons ! Quand je pense que c’est moi qui vous ai embauché…
- Je croyais que vous étiez quelqu’un de professionnel
- Oui, bien sûr, quel rapport ! Vous me virez, et en plus il faudrait que je disparaisse comme çà, sans rien dire, en « gentlemen » comme vous dites. Mais il est où le gentleman, là, le professionnel. Vous vous trouvez professionnel, à me virer à 18h, alors que tout le monde est parti, me faire porter le chapeau sur une action commune non soldée, vous vous sentez dans vos baskets là, devant moi, vous qui avez la moitié de mon âge, vous connaissez rien à la vie, …
- Il faut savoir partir la tête haute… savoir sentir le vent tourné… vous avez fait votre temps ici, vous devez vous réinventez ailleurs, c’est une nouvelle étape qui commence pour vous, en dehors de cette entreprise, qui vous a formé, et fait devenir ce que vous êtes. A vous de rebondir.
- Petit con !
- Vous avez déjà commis une faute grave, ne recommencez pas à m’insulter, voyons, Patrick.
- Je n’ai rien commis…
- Vous …
- Non
- Pourtant…
- Non non et non. Et vous le savez aussi bien que moi. Je vais vous péter la gueule, petit morpion. C’est cette formation que vous avez suivi qui vous a rendu si con… vous déversez votre bave, votre ambition de merde pour une entreprise sans âme, vous écrasez écrasez, çà vous plaît hein ! çà vous plaît de me détruire, de faire du mal … répondez !!!
- Je crois que vous perdez votre sang froid, vous êtes en train de froisser ma chemise… ce n’est pas bon pour vous. Si je peux vous rendre service, pétez moi la gueule mon vieux, et on vous sortira manu militari, encore plus vite que prévu
- Putain !
- Je peux aussi appeler un médecin si vous voulez…
- Qui ? vous voulez m’interner ? en plus de me virer. Je ne comprends pas.
- Y a rien à comprendre. Vous pouvez me prendre à partie, mais je n’ai rien à voir là-dedans, on m’a demandé de vous dire que c’était fini, je n’ai rien à voir là-dedans. Nous savons tous que l’entreprise va mal, il faut bien que certains quittent le navire pour que les autres continuent à travailler. C’est la vie d’une entreprise, vous connaissiez les règles, vous avez signé en connaissance de cause. Vous saviez qu’on ne vous manquerez pas. Qu’à la moindre erreurs, on vous tomberait à bras raccourcis, parce que vous n’êtes plus dans le coup. J’y suis pour rien si vous avez cinquante ans, que vous n’êtes plus trop à la page point de vue nouvelles technologies, c’est dommage, mais c’est essentiel dans les telecoms, de s’y connaître, vous le savez aussi bien que moi. Alors on peut faire deux choses, fermer les yeux, fantasmer et imaginer que vous êtes malgré tout un bon cadre et laissez le bateau coulé avec tout le monde à l’intérieur, ou bien, ouvrir les yeux, savoir faire la part des choses, et savoir enlever les personnes qui ne peuvent plus suivre le rythme. Vous seriez à ma place, vous feriez la même chose. Non ? vous ne croyez pas ? Je ne vous entends plus …
- Peut-être. Peut-être que j’aurais fait la même chose…
- Peut-être l’avez-vous déjà fait à une autre époque…
- Oh que non, jamais, à mon époque, on ne faisait pas comme çà, pas de cette manière, vous savez ce qui nous sépare entre vous et moi, Monsieur, c’est que vous êtes complètement décomplexé, vous assumez le mauvais job que vous êtes en train de faire, vous vous trouvez même une raison, alors que moi, même une pensée, vous m’entendez, juste même de penser un jour devoir faire ce que vous faites aujourd’hui, j’en vomirai, je me vomirai dessus, je n’oserai plus vivre après çà, ni même avant en sachant que j’aurais à le faire. C’est juste ignoble. Allez, je m’en vais, mais je n’ai pas dit mon dernier mot, vous aurez le droit aux prud’hommes, mais je sais vous vous en foutez, puisque vous avez déjà prévu la somme dans un compte en banque. Vous préférez payer votre inhumanité, que résoudre les problèmes dans un cadre humain…
- Je crois que vous devez partir…
- Je pars ! Mais je vous demande de vous taire, sur le champ, Monsieur.
- Mais…
- Taisez-vous Monsieur, vous n’avez aucun ordre à me donner, vous n’existez même plus pour moi, et je vais même aller dans mon bureau chercher mes affaires personnelles Monsieur.
- Mais…
- Taisez-vous, appelez qui vous voulez, je vais aller saluer les dernières personnes qui continuent à cette heure là à trimer pour cette boite de merde, Monsieur. Mais ne vous inquiétez pas je serai un gentleman, Monsieur, je vais juste leur parler humainement, vous savez, d’homme à homme, simplement, sans productivité, sans objectif comptable et pécunier, je vais leur dire « au revoir » et merci d’avoir travaillé avec moi et çà vous ne m’empêcherai pas de le faire.
- Je …
- Tais-toi, morveux, tu n’as même plus un mot à dire. « Je » n’existe pas, car tu n’existes pas, sale naziard de merde, lâche, infecte insecte, je te méprise et c’est déjà trop car tu n’existes plus.

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Scène 14 - Besoin de moi

janvier 20th, 2012 by ecriturepolymorphes

delon

Julien 

Ils m’avaient dit qu’ils avaient besoin de moi… Qu’est-ce que çà voulait dire, çà, avoir besoin de moi ? C’est comme la dernière fois, ils avaient dit aussi que je pouvais faire l’affaire. A la bonne heure, heureusement, que je peux faire l’affaire. Qu’est-ce que cela veut dire de faire l’affaire ? S’ils pensent que c’est en me disant des choses pareilles, qu’ils vont réussir à titiller ma motivation, à me rendre plus productif, ils se foutent le doigt dans l’oeil ! C’est pas comme çà qu’il faut me prendre, çà ne sert à rien de m’envoyer des roses, besoin de moi, évidemment que vous avez besoin de moi, bande de dégonflés, avec votre boite, on ne sait même pas comment elle peut tenir au CAC40 votre boite, tellement elle est mal organisée. Alors, oui, je peux faire l’affaire, bien sûr que je peux faire l’affaire, vous n’avez pas vraiment le choix, d’ailleurs. Quand on voit autour de moi, il y a pas beaucoup de concurrence : les vieux sont trop vieux et les jeunes sont trop jeunes. Avec moi, vous avez trouvé l’animal équilibré entre encore un peu d’espoir, allié avec une dose d’expérience bien placée. Mais ce qui vous tue le plus, c’est ma foutue confiance en moi ! C’est qui vous inquiète aussi, mais pour l’heure, vous êtes prêt à l’oublier, parce que des postes importants, il va bien falloir me les donner un jour, pour que je montre ce que je suis. 

Alors je me suis tût et j’ai compris que je venais de dire tout haut ce que je pensais tout bas. Et ils m’ont dit qu’ils me rappelleraient.

Sophie 

Oh çà veut rien dire.

Julien

Si, je crois que çà c’est mal passé.

 Sophie

Tu sais des fois on croit çà et au final c’est tout l’inverse qui se passe. Tiens par exemple moi, à un entretien d’embauche, je m’étais grave énervée parce qu’il voulait me faire attraper une règle qui laissait tomber entre mes doigts. Tu vois, style “Réflexes !”. Comme à un enfant, je devais attraper la règle à la volée le plus vite possible et y avait une graduation sur la règle qui indiquait ainsi ma perf’. Tu vois, le truc de dingue. Alors moi, au début, docile, je m’exécute, puis le con d’examinateur, il se met à faire semblant de lâcher la règle et hop moi je la touche, réflexe ! Alors là, il dit “trop tôt”. Putain, j’avais qu’une envie c’était de lui foutre mon poing dans la gueule à ce psy de merde. Alors j’ai dit “stop”.

Julien

Sophie

“Stop”, on arrête quoi ! Tu vois, j’étais outrée, indignée par son geste. Alors tu sais ce que j’ai dit ?

Julien 

Euh, non.

Sophie 

Et ben je lui ai dit : “Si pour être embauchée, il faut faire des exercices pareils, et ben, je préfère ne pas être embauchée !”. Et je me suis levée et je suis partie. Et ben tu sais quoi ?

Julien 

Sophie 

Deux semaines après ils me rappelaient pour me dire que j’avais le poste. Tu vois ! Tu vois le lien. Quand on croit qu’on a loupé, et ben parfois on loupe pas.

Julien

Mouais

Sophie 

Et si tu as dit tout haut ce que tu pensais tout bas et ben peut-être que çà leur a fait un choc, un truc qui leur a fait comprendre que tu en a là-dedans et qu’ils auront besoin de toi !

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Scène 13 de Troie

décembre 5th, 2011 by ecriturepolymorphes

pizza

Le Formateur

Vous qui, plein d’ambitions et sûrs d’une foi constante,
Dans cette arène de savoir managériale,
Offrez vos âmes, loyales, à ce cours magistral,
Voyez en moi, témoin d’un savoir qui me hante,
Le lien imposant et éclairé du “Top” vers le “Down”.
Votre puissante entreprise, belle œuvre des dieux,
Mettra à bas vos adversaires, grâce à vos yeux,
Grâce à vos compétences, esprits qui “Tourbillown”.

Les murs qui entourent vos usines, vos bureaux,
Matériels superflus, moyens dits vieillissants,
Et ces en-cours, stocks qui jonchent ce sol puant,
N’ont d’éclats que par le savoir toujours plus haut,
Des hommes et femmes de votre monde industriel.
La Compagnie me charge, de capitaliser
Ce “Working Human Force”. De l’optimiser
Pour que de vos actions en sortent l’Essentiel.

Benoit

C’est un sacré formateur quand même, non ?

Vanessa

Mouais, des fois, j’ai l’impression qui se fout de notre gueule. Oui, je sais, je vois le mal partout

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Scène 12 - Jeu de rôles 2

novembre 22nd, 2011 by ecriturepolymorphes

voie de garage

Benoit –

Bonjour, Etienne. Je te remercie d’être venu. Tu m’as l’air en pleine forme. Assis-toi.

Etienne –

Bonjour.

Benoit –

Je t’ai demandé de venir ce matin, parce que … tu sais au combien j’apprécie le travail que tu réalises, et tu sais aussi qu’en moment, ce n’est pas toujours évident, on n’a du mal à se voir, tu es souvent absent, déplacements, congés, maladie, et le travail s’accumule et …

Etienne –

Et alors ? Qu’est-ce que tu veux me dire ?

Benoit –

Ben, je t’ai demandé de venir ce matin, pour t’annoncer qu’une partie de ton travail va être repris par Lucie. Elle connaît déjà pas mal les affaires que tu fais, elle s’en est occupée quand tu était absent. Et cela te permettra de reprendre un peu pied, de souffler un peu, de combler ton retard quoi ! Et en plus,…

Etienne –

Il n’en est pas question.

Benoit –

Comment çà ?

Etienne –

Je ne veux pas refiler mon boulot. C’est mon boulot, c’est ma vie.

Benoit –

Mais tu n’y arrives pas ! Tu vois bien que tu es débordé. Aucun de tes rapports n’arrivent à l’heure. Encore hier, il a fallu qu’à la dernière minute j’appelle le client pour dénoncer la date de livraison du prochain produit. Cela ne peut plus continuer comme çà, il faut que tu prennes conscience que tu es surchargé.

Etienne –

C’est exceptionnel. Il y a des pics comme çà, mais en général j(y arrive. Je vais bien finir par rattraper mon retard.

Benoit –

Non, Etienne. Ce n’est plus possible. Les cycles se réduisent, le client est de plus en plus exigeant et on ne peut plus tolérer ce que l’on tolérait il y a cinq ans, ou même ce que l’on pouvait accepter l’année dernière. Le monde change, il devient plus international, plus compétitif. Les chinois, les indiens, les américains, ils ne nous attendent pas, Etienne, tu comprends ? Il faut que l’on accélère notre rythme, sinon on va mourir. On va se faire bouffer par les gnakwés, les indoux et les tous les autres… Alors tu dois déléguer du travail à Lucie et peut-être à d’autres.

Etienne –

Bon.

Benoit –

Bon ?

Etienne –

Je n’ai pas le choix, non ?

Benoit –

Ben non ! Je te remercie. Alors je te laisse voir ce que tu vas passer à Lucie, ok ?

Etienne –

Ok.

Benoit –

Des questions ?

Etienne –

Non.

Benoit –

Bon, et bien je te laisse y aller. Au revoir.

Etienne –

Au revoir.

Le formateur –

Bien. Merci. D’abord bravo pour ce jeu, c’était très réaliste. Je vous demande de les applaudir, parce que ce n’est pas facile de jouer ainsi devant vous… une scène fort intéressante que vous vivrez sans doute dans les prochains mois qui vont suivre la formation. C’est ce que j’appelle la scène de “la voie de Garage”. Mais bon, passons aux feed-back. Laissons la parole d’abord à Etienne qui a subi cette “voie de Garage”. Comment avez-vous vécu l’entretien, de l’intérieur ? Dans quel état d’esprit êtes-vous ?

Etienne –

Je suis dégouté. Il m’a démonté. Rires. T’as été un peu dur , Benoit.

Benoit –

Oui, un peu, c’est vrai.

Le formateur –

Etienne, s’il vous plait, ne faites pas des « strokes ». Quand vous lui dites qu’il a été dur, vous ne lui faites pas un bon feed-back, ce n’est pas factuel, c’est ce que l’on appelle un stroke. Nous en parlerons un peu plus tard, c’est un autre outil… donc, Etienne.

Etienne –

Et bien au début, il a essayé d’être sympathique, mais très vite, il a été très clair sur ses intentions, et quand il a commencé à me décrire le contexte de l’entreprise, j’ai compris que je n’avais plus qu’à me taire.

Le formateur –

C’est très intéressant. Vous entendez tous, ce que dit Etienne. Après avoir subi le discours de Benoit, il a compris qu’il n’avait plus qu’à se taire. Qu’est-ce que vous en pensez ?

Fabienne –

Il a emprunté le processus de deuil. Il est dans le puits déjà.

Le formateur –

Oui, très bien c’est çà. Au début, il commence par un refus, et tout suite le déni. Et là dans quel état il se trouve d’après vous à la fin de l’entretien.

Damien –

Dans la déprime ?

Le formateur –

Non. Vous allez trop vite. Il ne faut pas oublier le langage du corps. Vous avez regardé la position recluse, refermé sur elle-même d’Etienne, à la fin de l’entretien.  Regardez ! (Il fait repasser la vidéo du jeu de rôles – optionnel). Cette position est l’expression corporelle d’un refus. Il est encore dans le refus. Je vous rappelle le principe de base, du processus de deuil, c’est très long. Il faut vous armer de patience. C’est tout à fait normal qu’Etienne réagisse ainsi, il est dans le refus complet de ce que Benoit lui demande. Il dit oui, mais il pense non et çà se voit. Vous l’aviez vu Benoit ?

Benoit –

Oui, euh, un peu quoi, j’ai bien senti que je ne l’avais pas convaincu.

Fabienne –

A certain instant, Etienne ne le regardait plus pendant le discours sur les challenges de l’entreprise. Ca montre que tu l’as perdu à un moment, Benoit.

Le formateur –

Oui, c’est vrai. Absolument. Ca c’est un très bon feed-back, Fabienne, bravo. C’est un point important sur lequel nous devons nous arrêter quelques minutes. Pourquoi l’avez-vous perdu pendant cet instant ?

Benoit –

Je ne sais pas.

Le formateur –

Quelqu’un sait ? Quelqu’un a une idée . ?

Astrid –

Il a trop parlé. Ton message était clair mais il était noyé dans beaucoup de mots.

Le formateur –

Exactement. Ne pas oublier l’équilibre de temps de parole pendant un entretien. Si vous prenez tout le temps de parole, votre salarié se sent piéger, en plus déjà du discours que vous lui faites. Donc, n’oubliez pas, soyez direct, droit au but. Puis laissez le digérer, utiliser le … le ?

Etienne –

Le silence.

Le formateur –

Je pense qu’on peut s’applaudir. Nous avons bien avancé aujourd’hui. Bravo. Et Benoit, ne pas oubliez de remercier ceux qui t’ont fait des feed-backs. C’est un cadeau. Il faut dire merci.

Benoit -

Merci

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Scène 11 - Feed-back

juillet 21st, 2011 by ecriturepolymorphes

foret 

Le formateur

C’est un jeu de rôles. Très amusant. Vous allez vous mettre en groupe. L’un parmi vous, jouera le rôle du manager, l’autre celui du collègue de travail. Je vous distribue différents scénarii, qui décrivent des situations de crise, que vous allez devoir gérer. A chaque scénario, vous changez, pour que tout le monde joue le rôle du manager, les autres vous allez être les observateurs et vous lui ferez un Feed-back. Mais avant que l’on commence les jeux de rôles, je vous propose que l’on décrive comment l’on fait un bon Feed-back. Allez aidez moi, je vais prendre à la volée sur ce paperboard les idées qui vous viennent quand je vous parle de Feed-back. Allez-y je vous écoute.

Benoit –

Factuel. Un feed-back doit se baser sur des faits.

Le formateur –

Oui, excellent. Factuel. Je l’écris.

Astrid –

C’est une manière de donner son opinion, ses impressions sur quelques choses qui vient de se passer.

 Le formateur –

Oui ! Que d’informations en une phrase. Je vais écrire donc les mots “Opinion”, “Impressions”, et “Dans l’instant “. Ca te va si j’écris “Dans l’instant ” pour résumer qu’un feed-back décrit une situation qui vient de se passer. Ca te va ?

 Astrid –

Oui. C’est çà.

 Etienne –

Direct. Pas de chichi, un feed-back doit aller droit au but.

 Le formateur –

Direct. Oui bien.

 Benoit –

C’est un cadeau !

Le formateur –

Un Cadeau ! Joli, oui (une légère touche orgasmique en écrivant sur le tableau)

Astrid –

Il faut bien choisir le lieu – ne pas le faire dans un couloir, ou entre deux portes.

Le formateur – toujours plus orgasmique comme pris d’une envie d’écrire tous les mots qui sortent des stagiaires quelque soit la justesse…

Oui ! Lieu – Couloir – Deux Portes.

 Damien –

Il faut que l’interlocuteur soit consentant, qu’il accepte d’écouter un feed-back.

 Le formateur –

Con-sen-tant !

 Fabienne –

Il faut partir de la situation observée puis donner son impression et laisser ensuite un silence pour qu’il puisse digérer l’information.

Le formateur –

Situation ! Impression ! Silence ! Oui, c’est bon çà ! Très bon çà !  Digérer, non je vais plutôt mettre Digestion, oh oui, Digestion, c’est bien çà, non ? et Information. Mmm

Fabienne –

Puis ensuite un conseil, un plan d’actions pour s’améliorer ou leur faire changer évoluer vers une meilleure attitude.

Le formateur –

Oh oui, c’est çà, exactement çà ! Je n’en crois pas mes oreilles, c’est vraiment bon ce que vous me dites. Alors, j’écris : Conseil, Action, Evolution, Changement, Attitude. Oh mon dieu que c’est beau.

Le formateur admire son œuvre sur le paperboard.

Benoit –

Mais on ne peut pas faire des feed-back à n’importe qui.

Le formateur encore dans ses pensées

Ah bon ?

Benoit –

Il vaut mieux que la personne ait confiance en celui qui lui donne ce feed-back sinon ce ne sera pas constructif.

Le formateur –

Oh oui !!! Confiance ! C’est beau çà ! Constructif ou pas Constructif ! C’est bien aussi.

Etienne –

Telle est la question ! En tous les cas, çà reste une critique, un jugement, …

Le formateur –

Oui oui oui, Question, Critique, Jugement !!!!! Oui !!!

Les stagiaires se taisent et le regardent. Le formateur reprend chaque mot écrit sur le tableau en les entourant  pour en faire un chanson de rap !!! Le formateur –

Factuel ! Direct ! une Opinion !

Dans l’instant ! des Impressions !

Cadeau ! Couloir ! une Situation !

Lieu ! Deux portes ! des Actions !

Consentant ! Attitude ! une Evolution !

Changement ! Constructif ! des Questions !

Critique ! Confiance !  Jugement !

Jugement ! Jugement ! Jugement !

Jugement ! Jugement ! Jugement !

Jugement ! Jugement ! Jugement !

   

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Scène 10 : Retour au service

mai 9th, 2011 by ecriturepolymorphes

voiture enseveli

Patrick –

Alors, Fabienne, cette formation, comment s’était ?

Fabienne –

Pas mal.

 Patrick –

 C’est tout ?

Fabienne –

Qu’est-ce que tu veux que je te dises ?

Patrick –

Je ne sais pas, moi, un peu plus… elle a coûté assez cher au service…

Fabienne –

T’inquiètes, elle rapportera. C’était très intéressant, à vrai dire, Patrick. Tellement loin de ce que nous vivons, ici, dans le service.

Patrick –                   

Oui, j’imagine . Ca fait toujours çà quand on revient de formation. On aimerait pouvoir appliquer tout de suite ce que l’on a appris. Mais la réalité est si loin de ce que l’on apprend. Je me rappelle lors de ma dernière formation de management, çà commence à faire, mais …

 Fabienne –

 Non, tu ne peux pas imaginer, Patrick. Cette formation, ce n’était pas vraiment une formation. C’était comme une mission.

Patrick –

Une mission ? Ben, t’en fais une tête. Fabienne ?

Fabienne –

Ils nous ont donné une mission, qui surpasse toutes les autres missions que nous avons dans l’entreprise.

 Patrick –

 C’est quoi cette connerie !

Fabienne –

Ne le prends pas mal, Patrick, mais je pense qu’il faut que tu te poses quelques questions sur ton avenir.

Patrick –

Quoi ?

Fabienne –

Si tu ne fais pas partis des 800, c’est qu’il y a une raison…

Patrick –

Les 800 ?

Fabienne –

Oui, c’est comme cela qu’ils nous appellent. Les 800 personnes de la Science Corpo qui ont été sélectionnées pour cette formation. Nous avons été élus par nos pères pour optimiser la société, pour la faire sortir du marasme, pour l’emmener vers un avenir meilleur.

Patrick –

Vaste programme. Et pourquoi je devrais me poser des questions ?

Fabienne –

Parce que dans cet avenir, il n’y a peut-être pas de place pour toi.

Patrick –

Tu as perdu la tête !  Qu’est-ce que tu racontes ?

Fabienne –

Ca fait combien de temps que tu n’as pas changé de travail, hein, Patrick ? Combien de temps que tu répètes inlassablement la même routine au travail ? Tu crois que tu es un bon manager en laissant ton département s’endormir dans ce train-train de petit cadre français sans ambition.

Patrick –

Mais qu’est-ce qui te prend ?

Fabienne –

Il me prend que j’ai retrouvé la vue. On m’a ouvert les yeux vers une ambition bien plus grande que çà. Il faut de l’ambition, de l’énergie pour monter l’entreprise, notre équipe, au meilleur niveau mondial et il ne faut pas se contenter de se reposer sur les bonnes vieilles bases, il faut un nouveau souffle. Voilà ce que m’a montré la formation, c’est que il est temps que les choses changent. Que l’on prenne les armes, qu’on devienne plus rapide, plus agile, plus vif. Et pour toi, il est temps que tu te poses des questions. Que tu te bouges avant qu’il soit trop tard.

Patrick –

 Ecoute, Fabienne, tu vas te calmer. Tu délires. Avec tes 800, ta formation ! Alors tu retournes à ton poste et tu fais ton job. On verra plus tard pour Ta Mission. Et je te prie à l’avenir, de faire attention à ne pas me manquer de respect. Tu m’écoutes ?

Fabienne –

Non. Tu ne comprends pas. Ce n’est pas grave. Je voulais juste te prévenir, c’est tout.

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Scène + : War room

mars 10th, 2011 by ecriturepolymorphes

pied

Dans la salle de réunion, l’atmosphère est tendue ; cinq cadres sont enfermés là depuis plus de huit heures et doivent sortir des planches consensuelles pour un comité de pilotage demain matin à l’aube auprès du pédégé. Malheureusement, ils ne sont pas d’accord, ni sur la forme, ni sur le fond. 

Karl

Je récapitule : les missions de cette nouvelle direction sont …

Patrick

Pourrions-nous pas l’appeler plutôt division, au lieu de direction. Direction, çà fait un peu pompeux, non ?

Etienne

Pas question, les ordres sont clairs, on m’a mandaté pour mettre en place une direction du progrès dans le groupe, et ils n’ont pas hésité sur le terme. Direction.

Patrick

Bon, bon… je disais juste qu’une direction avec une dizaine de personnes, c’est cocasse.

Karl

Cocasse ou pas, il faut bien qu’on les finisse ces planches, non ? Je disais donc les missions de cette nouvelle direction doivent…

Aurélie

Vous l’avez appelé comment au fait cette direction ?

Patrick

Démarche de progrès continu.

Vincent

Quoi ? Vous n’avez rien de plus pompeux par hasard.

Aurélie

Moi, je trouve çà pas mal !

Karl

Qu’importe comment s’appelle cette direction, ce qui compte c’est ce qu’elle va faire, non ?

Etienne

Oui, vous avez raison, mais le nom c’est important. Démarche continue du progrès, mmh… çà sonne mieux, non ?

Aurélie

Oui, c’est pas mal aussi.

Vincent

Moi, je verrai mieux : « Direction du progrès ».

Karl

Alors là, pour le coup, çà fait un peu communiste.

Patrick

Progressiste, tu veux dire. Il rit.

Etienne

Arrêtez un peu ces mesquineries, le temps passe, et nous n’avons fait que 6 « slides », en… huit heures. C’est effrayant comme nous ne sommes pas productifs, aujourd’hui.

Aurélie

La faute à qui ? Vous êtes tout le temps en train de titiller la virgule, ajuster les couleurs, discuter sur tel mot à la place d’un autre, pour quel résultat ? Voilà huit heures qu’on coupe les cheveux en quatre, et on n’a à peine fait la moitié des planches. Vous croyez que çà l’intéresse notre pédégé si le fond doit être jaune ou ocre, ou si il vaut mieux mettre du Times pour les titres au lieu d’un Verdana en italique. Et le nom de la direction, parlons-en. Direction de la démarche du progrès ! Foutaise ! A vous voir, çà donne plutôt l’impression d’une régression progressive…

Etienne

Aurélie ! Qu’est-ce qui vous prend, bon sang ? Je ne vous ai jamais vu comme cela. Vous avez perdu le sens de la raison ?

Vincent

Régression progressiste, çà sonne bien, vous ne trouvez pas ?

Etienne

Vincent ! Je vous demande d’arrêter de plaisanter sur ce sujet. De toute façon, le nom de la direction est figé, il s’agit bien de décrire les missions de la direction des Démarches de progrès continu. Et je vous prie maintenant de vous concentrez sur le cœur du sujet. Aurélie s’est un peu emportée, peut-être, mais elle a raison. Je vous ai laissé trop de liberté et vous avez divergé. Allons à l’essentiel ! Karl, où en êtes-vous ?

Karl

Toujours au même point. Les missions !

Patrick

J’imagine que la mission principale d’une telle direction est de mettre en place une politique du progrès continu dans le groupe.

Vincent

Avant cela, sa mission prioritaire est de lancer des projets concrets de réduction de coût.

Patrick

Pas du tout. Avant de lancer des projets tout azimut, il faut bâtir une stratégie.

Aurélie

Oui, tu as raison. Sans stratégie, pas de vision.

Karl

Non, Aurélie, c’est le contraire. Sans vision, pas de stratégie.

Etienne

Vous n’allez pas recommencer.

Karl

J’essayais seulement d’expliquer les choses, si on n’a plus le droit de parler maintenant.

Aurélie

Tu es sûr de ce que tu avances ? Sans vision, pas de stratégie ? Silence. J’étais persuadée que c’était le contraire.

Patrick

On s’en fout de la vision ! Ce qui compte c’est la stratégie ! C’est quoi notre stratégie, chef ?

Etienne

Et bien …

Karl

Je suis désolé, mais je ne peux pas te laisser dire çà. Sans vision, il n’y a pas de stratégie, c’est le B A BA du management. La vision nous montre la direction et le point d’horizon vers où l’on va, la stratégie n’est que le chemin pour y accéder.

Vincent

Exact !

Aurélie

C’est très beau ce que tu viens de dire.

Etienne

Oui. Il nous faut d’abord une vision. Karl, ajoutez un « slide » sur la vision.

Karl

Tout de suite, patron !

Patrick

Dingue ! Vous êtes tous contre moi c’est çà !

Etienne

Patrick !

Patrick

Ok, ok, allons-y pour une planche sur la vision. Alors qu’est-ce qu’on y met, patron, sur cette planche. C’est quoi votre vision.

Etienne

Humm…d’abord ce n’est pas la mienne, mais la notre. Une vision est partagée vers où l’on veut que l’entreprise aille. Je dirais … silence

Aurélie

Nous pourrions dire que nous voulons réduire nos rebuts.

Etienne

Oui, bonne idée, voilà de la vision : réduire nos rebuts.

Patrick

La belle histoire. Vous trouvez que c’est une vision, çà !

Vincent

Non, la vision c’est un salaire plus élevé pour tous. Il rit.

Karl

… et une voiture de fonction pour tous.

Aurélie

Arrêtez les mecs, vous êtes chiants !

Etienne

Vous rigolez mais vous n’avez rien de mieux à proposer ? Patrick, je te vois sourire. As-tu mieux à redire ?

Patrick

Moi, tu veux mon opinion ?

Etienne

Oui, c’est en effet à toi que je parle. Qu’en penses-tu ? Quelle est ta vision ?

Patrick

Ma vision… et bien… c’est que je vais pas tarder à partir. Ok, ok, je plaisante. Il réfléchit. Notre vision pourrait être : « être les meilleurs ! »

Karl

Quel connerie !

Etienne

Pas du tout. Je trouve çà brillant ! Continuez.

Vincent

Je trouve cela plutôt naïf.

Aurélie

Ambitieux.

Karl

Foutaise. Et pourquoi pas : « être les meilleurs du monde ! De l’univers même ! »

Etienne

Oui, et pourquoi pas ? Karl, inutile de faire cette tête. Réfléchissez. Notre entreprise est cinquième européenne, huitième mondial.

Karl

Neuvième !

Etienne

En constante progression. Bientôt huitième sans doute. Si nous n’ambitionnons pas d’allez vraiment plus haut, jamais nous pourrons avoir de résultats confortables pour maintenir notre effectif…

Vincent

En France ?

Etienne

Exactement.

Vincent

Nous y voilà ! Encore une menace ? J’aurais du y penser que toute cette mascarade de planches, c’était pour nous montrer qu’il allait falloir encore licencier.

Patrick

Pas du tout. C’est en étant ambitieux que nous mettrons nos salariés à l’abris.

Aurélie

Enfin, un peu de bon sens.

Karl

Aurélie, est-ce que tu pourrais arrêter à la fin ?

Aurélie

Arrêtez ? Arrêtez quoi ?

Karl

De toujours être d’accord avec les chefs. C’est usant.

Etienne

Karl, pourrions-nous reprendre la planche sur la vision, s’il vous plaît ?

Karl

Oui, bien sûr, je vous l’écris tout de suite, cela va être simple : La vision… Etre le meilleur !

Etienne

Je mettrais plutôt être le leader mondial dans notre secteur. Ca sonne mieux.

Vincent

Alléluia ! Bientôt vous allez nous dire que vous renoncez à cette usine près de Hong Kong et que vous allez ré-embaucher les trois cents personnes licenciés l’an dernier. C’est çà ? Quel monde merveilleux ! Quelle entreprise humaine ! Tout çà grâce à la direction du Progrès continu !

Patrick

Vincent, tu commences vraiment à nous faire chier avec ton syndicalisme décalé.

Vincent

Ah oui, je commence à te faire chier ? Tu m’en diras tant. Je n’ai quasiment pas parlé de ces huit heures de calvaire et voilà que j’assène une vérité à Monsieur le Contrôleur de Gestion, et le voilà offusqué. Je suis désolé de contrarier ta droite pensée de capitaliste, mon petit biquet !

Patrick

Si tu continues je vais t’en allonger une…

Aurélie

Patrick, arrêtez. Vous n’allez pas vous battre, non ? Nous sommes entre personnes civilisées que je sache…

Karl “pour détendre l’atmosphère”

Pourtant, vous avez mis quelques peintures de guerre et un tailleur sacrément guerrier.

Aurélie

Je ne vous permet pas. Etienne, vous n’avez pas laissé passer ces propos machistes.

Etienne

Oui, euh, Karl, c’est un peu limite. Excusez-vous, s’il vous plait.

Aurélie

C’est offusquant !

Etienne

Ce n’est pas si grave, on peut rire un peu. (à Vincent) Quant à vous, je vous demande de vous calmer ou de partir. “(à Karl et à Patrick)” Reprenons. Je pense que pour la vision, nous sommes tous d’accord, maintenant.

Karl

Oui, je ne touche plus à cette planche. Passons à la stratégie.

Vincent

Espérons qu’elle soit aussi consensuel que la vision.

Patrick

Moi, je ne peux pas travailler dans une atmosphère aussi sarcastique.

Vincent “se levant”

Vraiment ?

Aurélie

Vincent !

Karl “à Aurélie”

Laisse-les !

Patrick “se levant”

Je vous demande d’arrêter avec vos remarques déplacées. Si la vision de l’entreprise ne vous convient pas, vous n’avez qu’à changer de boite. En tout cas, je vous invite à le faire sur le champ.

Vincent

Vous m’y invitez ? Est-ce une menace ?

Aurélie

Patrick !

Etienne “en deçà de ce qu’il faudrait”

Calmez-vous.

Patrick

Prenez-le comme vous le voudrez !

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Scène 9 - Jeu de rôles

janvier 1st, 2011 by ecriturepolymorphes

escalator

Le Formateur -

Bien, passons à un cas pratique. Je vous propose de travailler par équipe. Chaque table vous aurait la même mission : Réduire de moitié les effectifs d’une plate-forme de conception. Vingt cinq personnes à faire partir. On va vous donner des cas particulier à traiter - des cas concrets ! Des individus avec leur problématique perso, leurs intérêts et leurs enjeux. Devant chaque cas particulier, je vous demanderai de répondre à la question suivante ?

Comment vous y prenez vous pour le faire partir ?

Fabienne - prenant connaissance de son cas pratique

 Je ne comprends pas au juste, ce cas précis-là.

Étienne -

Et bien là, si je lis bien, on doit virer un type qui a sa mère malade. Il va la voir tous les jours, parce qu’elle a une maladie grave, et la mutation qu’on lui propose va l’envoyer à plus de 100 km. C’est gai.

Benoit -

Ça me parait délicat.

Fabienne -

Et donc vous nous demandez de construire une tactique pour le faire partir…

Le Formateur -

Oui, l’un d’entre vous, va jouer le rôle de cette personne. Les deux autres vont essayer de jouer l’entretien où vous lui annoncez son départ de la plate-forme. Bon, je vous vois me regarder comme si j’étais un ahuri. Prenons ce cas. Sa mère est atteinte d’une maladie grave qui nécessite sa présence quotidienne. Nous sommes devant un cas épineux, admettons, mais finalement peu de cas humain sont simples.

Je voudrais que vous compreniez qu’il faut faire comprendre avec humanité l’importance du choix. Choisir, c’est abandonner ! Soit le collaborateur emmène sa mère avec lui, soit il démissionne pour rester auprès d’elle. En le mettant devant ses responsabilités, culpabilisé, le collaborateur prendra lui-même la bonne décision : démissionner.

Fabienne -

Je me vois mal lui dire des horreurs pareils.

Étienne -

Il y a l’art et la manière !

Benoit -

Ça revient encore à notre courbe de deuil, non ?

Le Formateur  -

Absolument ! Au cours d’une mutation forcée dans une ville éloignée ou dans un autre service, l’état psychique du salarié passe par de nombreuses phases, que l’on a déjà évoquées pendant le stage, que l’on appelle …

Fabienne -

Les phases du deuil. C’est comme lorsqu’on perd un parent proche, on vit la même dégringolade. J’ai vécu çà avec mon père. Dur dur de se résigner à le voir partir.

Le formateur -

Les six phases de deuil sont l’annonce de la mutation, le refus de comprendre, la résistance, la décompression, la résignation et, pour finir, l’intégration du salarié. Vous intervenez à partir de la phase 3, la résistance. Car dès ce moment, il faut se méfier, l’employé peut se livrer à des actes de sabotages.

Benoit -

De sabotages ? Vous voulez dire qu’il peut agir contre la société ?

Le Formateur -

Oui et dans cette phase là, vous devez vraiment le mettre sous surveillance.Mais c’est en phase quatre, où vous prenez pleinement votre rôle de manager et d’accompagnateur.

Étienne - lisant son classeur à haute voix

Phase 4, la “décompression”. C’est marqué dans le document : “Désespoir, dépression…”?

Le Formateur -

Le collaborateur va ou peut chuter dans le désespoir et la dépression, oui en effet. Et c’est à ce moment que vous, manager, vous devez faire entendre à votre employé dépressif que l’évolution des besoins est à la source du changement. Qu’en d’autres termes, il ne doit pas lutter, mais trouver une sortie positive à sa mutation. Et c’est par des discussions, plusieurs entretiens sans doute, que vous pourrez les amener à la phase 5 : la résignation. Puis, à la phase 6, l’intégration du changement. Que ce soit mutation ou démission, évidemment.

Benoit -

Et si on n’y arrive pas ? Je veux dire on peut échouer, non ?

Le formateur -

Vous y arriverez. On vous a choisi. Vous êtes les 800. Et puis, vous pouvez m’appeler, je peux parfois vous aider à trouver le mot juste.

Fabienne -

Comme celui de proposer à ce collaborateur de démissionner pour rester près de sa mère.

Le Formateur -

Mais c’est parfois la meilleure solution, que de survivre à une mutation mal digérée. Nous en sommes là. Mais surtout, ne vous mettez jamais à la place du collaborateur, ne répondez pas à sa place. C’est à lui de prendre l’intégralité du problème et d’y répondre. Si vous commencez à essayer de le comprendre, de l’excuser, vous allez briser la courbe d’acceptation du changement.

Étienne -

C’est gai. Un peu simpliste.

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Scène 8 - Ultime conseil du formateur

décembre 24th, 2010 by ecriturepolymorphes

drapeau 

Le Formateur –

Voilà, la formation se termine, j’espère qu’elle vous aura apporté autant que vous tous vous m’avez apporté, à votre contact. Euh..  J’ai eu beaucoup de plaisir à vous connaître, Science Corpo a vraiment de la chance d’avoir autant de talents dans une même entreprise et je suis sûr que son avenir pourra s’ouvrir si vous atteignez vos objectifs. C’est tout le mal que je vous souhaite.

Donc, je vous propose que l’on s’applaudisse pour le « great job » qu’on a tous fait ensemble. Allez ! Ouhou ! (hyper enthousiasme – l’assemblée un peu moins).  Bon.

Je voudrais terminer ce séminaire par ce dernier « slide ». (projection à l’écran de l’Angleterre des années 40 attaquées par tous les fronts). Voici le plan de bataille d’Angleterre…. Je voudrais que vous preniez conscience avant de repartir dans vos bureaux, dans vos usines, je voudrais que vous preniez conscience de l’étau dans lequel votre entreprise est.

Vous êtes en guerre ! Pendant la seconde guerre mondiale, l’Angleterre était prise en tenailles par les nazis. Et bien, il en va de même pour Science Corpo, attaqué sur tous les fronts par la concurrence. Et les adversaires sont agiles, malins et rapides, alors qu’ici ou là, vous savez que votre entreprise est lourde, pas alignée, ou lente face au marché.

Il va falloir réveiller le pays, mettre en ordre de marche toute la société, se mettre en guerre face à la concurrence, et se battre jusqu’au bout, sans pitié. Il faudra aussi accepter qu’il y aient des victimes. Dans chaque guerre, les plus faibles ne peuvent suivre. Il faudra les écarter de l’entreprise et se concentrer sur l’effectif valide et efficace.

N’oubliez pas vous êtes les 800, les 800 stratèges de Science Corpo, ceux qui orienteront l’entreprise vers un avenir serein, ceux qui stabiliseront l’emploi et élèveront l’action en bourse. Et vous devez faire des choix et les assumer. Et nous serons là pour vous aider.

Merci !

Silence 

Noir

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